Note publiée à la demande de certains de mes lecteurs. J'ai commencé à écrire cette note le 11 avril et je l'ai amendée un petit peu aujourd'hui.
Si il y a un sujet qui déchaine les blogs ces
temps-ci (le débat dans la blogosphère et sur le Net est bien plus
intense que dans les autres médias), c'est bien le référendum sur le
traité de Constitution Européenne.
Les gens expriment un sentiment personnel, des blogs sont rédigés à plusieurs mains (Publius mais aussi une dernière découverte : Europeus),
une interpellation de journalistes par un simple internaute a fait
l'objet d'une chronique sur France Inter (Stéphane Paoli et Bernard
Guetta, interpellé par un professeur de lycée, Etienne Chouard).
Un
blog doit être le reflet des sentiments personnels. Je ne vais pas
essayer de vous convaincre mais simplement de dire ce que je ressens.
1 : comment peut on faire confiance à un tel salmigondis
d'opinions politiques diverses et variées unifiées dans une pensée
unique : sus à l'Europe ? Comment confier mon avenir à des gens aussi
porteurs d'espoir et d'avenir qu'Henri Emmanuelli (ces sourcils me
rappellent ceux d'un instituteur très sévère que j'ai eu dans ma
petite enfance) qui se sert de ce référendum pour faire exploser son
parti (appel à la refondation du PS en faisant un remake du congrès d'Epinay)
bien que les militants se soient exprimés de manière démocratique
(François Hollande a la poigne d'une chique molle), à Laurent Fabius
qui a eu une révélation tardive et opportuniste sur sa sympathie pour
le peuple et les couches populaires, à Philippe de Villiers qui nous la
joue Astérix le Gaulois façon Puy-du-Fou, à Jean-Marie Le Pen qui ne
dit absolument rien (ces discours ont à peu près les mêmes effets sur
les sondages que Jean-Pierre Raffarin pour le camp du OUI) mais qui
comme toujours profite de ces périodes de désarroi et de troubles pour
se renforcer, à Olivier Besancenot (vous savez, le facteur sympa) dont
l'idéologie est à la démocratie ce que le napalm est à l'agriculture
biologique ? Est il besoin de continuer ? Certains vont m'opposer que
dans le camp du OUI, il y a aussi beaucoup d'hommes politiques au moins
aussi détestables que ceux que je viens de citer. Certes, mais l'hétérogénéité d'opinions aussi contradictoires et diamétralement opposées ne se mélangera jamais dans un éventuel plan B.
2
: j'en ai marre de tous ces hommes politiques qui n'arretent pas de
mentir (et ce n'est pas l'apanage unique de ceux du camp du NON bien qu'il y
ait de nombreux experts en désinformation chez eux). Prenez l'histoire
du dumping social (le maçon polonais qui va venir travailler en France
pour un salaire polonais : déjà, il faudra m'expliquer l'interet qu'il
aurait à venir travaille en France pour toucher le même salaire qu'en
Pologne) que va provoquer ce TCE.
Article III-133-3 :
Les
travailleurs ont le droit, sous réserve de limitations justifiées pour
des raisons d'ordre public, de sécurité publique ou de santé publique
de séjourner dans un des états membres afin d'y exercer un emploi
conformément aux dispositions législatives, réglementaires et
administratives régissant l'emploi des travailleurs nationaux.
Où
il est le dumping social dans cet article ? Bien sur que les entreprises qui voudront
tricher comme le sous-traitant de France Télécom (Constructel) qui s'est fait
attraper pourront toujours le faire. Bien sur que le TCE ne protègera pas les salariés de Lycos à qui on propose d'aller travailler en Arménie. Le TCE n'est pas l'assurance
contre tous les désordres qui opérent dans notre joli monde. Comme le disait Charles Pasqua (comment se fait il qu'il soit encore présent dans ce débat), les promesses n'engagent que ceux qui y croient.
3
: comment peut on être contre ce TCE lorsqu'on lit la charte des droits
fondamentaux de l'Union (partie II) ou la partie I Titre I sur la
définition et les objectifs de l'Union ?
4
: lorsque je parle autour de moi avec des partisans du NON, je suis affligé de voir la confusion faite dans leurs arguments entre notre
situation nationale (notre Premier Ministre vient d'atteindre la plus
basse cote (22%) de popularité jamais enregistrée lors de la V
république) et le TCE. Un des arguments souvent portés est que le fait
de voter NON va entrainer un changement de la classe politique, que de
nouvelles têtes vont apparaitre, qu'enfin, ils vont comprendre.
Foutaises ! Le 21 avril a t il fait changer les choses ? Et pourtant celà relevait de la même démarche politique ...
5
: la casse des services publics ou la rengaine habituelle des partisans
du "Demain, on rase gratis". Chapitre V Partie III du TCE : dans cette partie, sont
déclarés les domaines dans lequel l'Union peut décider de mener une
action d'appui, de coordination ou de complément c'est à dire que la
loi nationale prime sur la directive européenne : la santé publique, la
culture, le tourisme, l'éducation (jeunesse, sport et formation
professionnelle), la protection civile et la coopération
administrative. Peut-être que le TCE permettra de casser le monopole
d'EDF ou de la SNCF et celà fait peur à leurs employés (je les
comprends au vu des avantages qu'ils peuvent y perdre).
Personnellement, je ne serai pas mécontent si la part de mes impots qui
sert à payer les retraites des agents SNCF (2,5 milliards d'euros
prélevés chaque année au budget de l'Etat) qui partent à 50 ou 54 ans
(la moyenne des Français devra partir entre 63 et 65 ans => celà ne me choque pas si il me reste 20 ans de vie pour profiter de ma retraite) permettait d'améliorer les infrastructures scolaires, universitaires ou
hospitalières, que les taxes que je paye sur mes factures EDF servaient
à ouvrir des crèches ou avoir plus de personnel pour s'occuper des
personnes agées. N'avez vous jamais entendu ce discours :
- je veux payer moins d'impot mais je veux que le bureau de poste reste ouvert toute la journée dans mon village
- je veux payer moins d'impot mais je veux que l'on ne ferme pas la
perception à deux pas de chez moi parce que c'est bien pratique quand
je dois déposer ma feuille d'impots au dernier moment
- je veux payer moins d'impot mais je m'insurge (et les élus en premier) lorsqu'on veut remplacer une ligne SNCF par un service de cars bien moins onéreux
Et qui va payer ? Quand est ce qu'un homme politique aura la force et
la conviction de remettre à plat tous les systèmes d'aide (sociales
vers les particuliers mais aussi les cadeaux fiscaux faits aux
entreprises) et de remettre un peu d'ordre et de priorité (l'emploi) dans tout
celà ?
Voter NON c'est le caprice des enfants gatés, c'est l'utopie comme ligne politique, c'est le repli identitaire, c'est jouer avec l'avenir de nos enfants, c'est l'arrêt total d'une dynamique qui pouvez enfin déboucher sur une Europe politique
Voter OUI c'est permettre à nos élus nationaux et européens (mais il faudra peut-être dépasser largement les 50% de participation la prochaine fois) de continuer le combat à l'intérieur du système, de développer un véritable sentiment européen (un ouvrier français devrait se préoccuper de son sort autant que de celui de ses collègues allemands ou polonais), c'est être encore et toujours le moteur d'une Europe puissance qui aura la faculté de peser dans le monde de demain et de ne pas laisser ce seul role aux Etats-Unis.
Je m'arrete là. Je n'aurai certainement convaincu personne et pleins d'arguments absolument valables peuvent m'être opposés. Mais qu'à celà ne tienne : pour moi, l'Europe est le seul moyen de faire bouger un pays comme la France si riche par bien des aspects mais qui a peur.
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