"Soupçons" est le nom d'une série de documentaires diffusés sur Canal+ concernant le procès de Michael Peterson accusé du meurtre de sa femme. Cette série documentaire a été réalisée par Jean Xavier de Lestrade.
Ce dernier avait réalisé auparavant le documentaire "Un coupable idéal". Ce documentaire retraçait l'histoire du procès d'un jeune garçon noir de 15 ans, Brenton Butler, accusé de meurtre d'une femme blanche de 65 ans, par le mari de celle-ci qui soi-disant l'avait formellement identifié. Ce jeune homme a été heureusement défendu par Patrick Mc Guinness (exerçant depuis plus de 20 ans comme public defender c'est à dire avocat payé par la ville pour assurer gratuitement la défense des accusés les plus démunis) qui repris l'enquête depuis le début et mit très vite en évidence, les incohérences et les manquements de l'enquête. Ce film a été récompensé de l'Oscar du meilleur documentaire 2002 et d'un Fipa d'argent.
Je me souviens qu'après le visionnage de ce documentaire, je m'étais fait la réflexion suivante : cet adolescent avait une conduite irréprochable dans la vie de tous les jours notamment en matière scolaire et un soutien indéfectible de ses parents. Malgré l'excellent travail de son avocat, j'ai pensé que c'est celà qui l'avait certainement sauvé d'une condamnation. Mon avis est complètement subjectif mais il est lié à l'excellence du documentaire qui laisse bien transpirer l'humanité (on y revient) des personnages.
Quant à "Soupçons", le personnage principal est à l'opposé du "Coupable Idéal". Michael Peterson est un personnage public (chroniqueur + auteur de livres sur la guerre du Vietnam), riche, blanc.
Michael Peterson a été condamné pour le meurtre de sa femme à l'encontre des éléments présentés dans le documentaire qui renforçaient le sentiment de l'innocence de ce dernier. La bataille d'experts a été remporté par le camp de la défense. Michael Peterson a eu le tort (pas de jugement de ma part dans cette phrase) d'avoir un comportement sexuel déviant aux yeux des bonnes moeurs de l'Amérique. En effet, il lui arrivait d'avoir des rapports homosexuels (témoignage à la barre d'un prostitué contacté par Michael Peterson par mail et internet), rapports dont il dit que sa femme était au courant.
Une expert en sélection de jurés a une réflexion très juste : la défense a bien gagné sur le fond mais à son avis (donné avant le verdict), il a manqué le coté humain (chair, émotions, sentiments) aux plaidoiries de la défense. L'avocat de la défense a demandé à Michael Peterson son opinion, sur le fait de le citer à la barre. Pour l'avocat, celà ne semblait pas raisonnable car le ministère public profiterait de cette citation pour alourdir le portrait psychologique de Michael Peterson (sa duplicité vis à vis de sa femme notamment). Michael Peterson s'est laissé convaincre.
Les propos de l'avocat de Michael Peterson à propos de la sentence, évoque le raisonnable doubt. Toute sa plaidoirie s'est basé sur le fait qu'un jury populaire ne devrait pas condamner, (à l'unanimité de surcroit : ils mettront tout de même 5 jours à délibérer) Michael Peterson si il persiste le moindre doute raisonnable. Pour lui, c'est le fondement même de la justice populaire. Si l'on suit son raisonnement (et c'est mon cas), il vaut mieux laisser en liberté un assassin (ici Michael Peterson serait vraiment un monstre) que d'emprisonner à tort un innocent. A tort peut-être et jusqu'à preuve du contraire, je crains que Michael Peterson n'ait été condamné uniquement sur des faits relevant de la sphère privée et notamment sur sa sexualité.
Loin de moi l'idée de faire de l'anti-américanisme primaire et de critiquer le système judiciaire américain : les affaires d'Outreau ou des disparues de l'Yonne sont malheureusement là pour nous rappeller que la justice ne fonctionne pas chez nous non plus. Mais celà semble plutôt le fait d'une administration (et ses représentants que sont les juges) arquée sur ses certitudes, faisant fi de l'aspect humain des comportements.
Ces faits m'inspirent une crainte terrible des fondements du jugement humain. La tolérance n'est vraiment pas la valeur la plus partagée de ce monde.
Merci beaucoup à ceux qui ont eu la courtoisie d'avoir lu cette note jusqu'au bout et qui ont regardé cette série de me donner leur avis et leurs impressions.
PS : j'utilise souvent le mot humanité. En voici une définition qui me plait bien :
Ensemble formé par les êtres que l'on peut qualifier d'humains c'est-à-dire capables de compassion, de tolérance, d'intelligence et de bienveillance.
Une interview dans l'Humanité de Jean Xavier Lestrade au sujet de Soupçons
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